Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 13:30

(Echo de l'île Février 2012)

1 -

Le livre lui même est une aventure. 

En 1910 le prince Roland BONAPARTE, président de la Société de Géographie, avait salué dans l'  "Illustration" le voyage aux Kerguelen de Raymond et Henri RALLIER du BATY et leurs quatre compagnons par ses mots : " Vous êtes des aventuriers du XVIème siècle égarés au XXème."  Mais en France nul éditeur ne s'intéressa à leur formidable aventure et aux carnets de bord qu'en avait rapportés Raymond R du B et ce sont les Anglais en la personne du journaliste Philip GIBBS qui le contacta, l'invitant à venir à Londres où un garni serait mis à sa disposition pour y rédiger - mais en anglais - sa narration.  L'année suivante paraissait aux éditions Nelson "15.000 miles in a ketch" by Raymond RALLIER du BATY, récit circonstancié du périple du "Jean Baptiste Charcot" et  de ses six hommes d'équipage, partis de Boulogne sur Mer pour Melbourne via les îles Kerguelen où ils séjournèrent quinze mois. Le succès fut immédiat tant à Londres qu'à Liverpool et Southampton, sans qu'aucun éditeur parisien ait crû bon de le traduire et éditer en français.  L'aventure et le nom de ces vaillants marins finirent donc par être oubliés dans leur propre pays.  Ce n'est qu'en 1990 qu'un exemplaire de la parution anglaise découvert par hasard chez un bouquiniste par un marin breton (Patrick CUDENNEC) tomba entre les mains d'un lecteur qui en comprit tout l'intérêt, le faisant traduire et publier aux Editions Maritimes et d'Outre-Mer (Rennes), division des Editions Ouest-France, collection "longs cours".  Justice était enfin rendue à ce grand livre de la littérature de mer, à son auteur et à ses courageux équipiers.


Or nous avons la chance d'avoir dans les rayons de notre Médiathèque "bénédictine" un exemplaire de cette édition en français intitulée "Aventures aux Kerguelen".  


Je viens de le lire.  J'en reste sous le charme.


L'auteur prévient son lecteur (et même s'excuse auprès de lui) qu'il a écrit ce livre en modeste marin, sans aucune prétention littéraire, s'attachant essentiellement à rapporter les choses vues et les évènements vécus, livre se voulant être tout autant celui de son équipage auquel il rend le plus grand hommage. Personnellement - et bien que j'aurais aimé le lire dans sa version originale c'est à dire en anglais - je trouve cette appréciation bien trop modeste, le mettant à la hauteur d'un Daniel de Foe ou d'un Washington Irving.


Raymond RALLIER du BATY était né en 1881 à Lorient, deuxième fils d'une bonne famille bretonne dont le père était capitaine de vaisseau et l'oncle amiral (un ancêtre, Toussaint-François, avait été maire de Rennes pendant 37 ans sous Louis XV). Tombé dedans en quelque sorte.  Après de bonnes études classiques chez les Jésuites, ses parents le voulaient magistrat (ayant déjà leur premier garçon, Henri, engagé dans la Marine nationale) mais depuis l'enfance Raymond avait la mer pour objectif, voire obsession. A dix huit ans, comme son père lui faisait remarquer que c'était un peu tard pour lui d'entrer dans la Marine nationale, il répliqua que çà ne l'était pas pour la Marine marchande.  Or il existait à l'époque comme un fossé entre ces deux marines (tenant à ce mot de "marchande") d'où la désillusion du père. Raymond fit néanmoins son service militaire dans la marine à bord du cuirassé "Brennus" sur lequel il doubla le Cap Horn. Puis, après avoir obtenu son diplôme d'officier de marine marchande, il cherchait à s'engager sur un navire quand un article de presse attira toute son attention.  On était en 1903, année où le commandant Jean-Baptiste CHARCOT (qui était aussi médecin) préparait une expédition polaire.  Usant de sa plus belle plume, Raymond proposa ses services mais on le trouva trop jeune, pas assez expérimenté.  Qu'à celà ne tienne, faisant jouer les relations de son oncle amiral il finit par se faire accepter à bord du "Français" comme simple matelot. Ce voyage aux confins des terres australes devait s'éterniser deux ans au cours desquels Raymond R du B se révéla parfait coéquipier, de toutes les corvées comme de toutes les missions, curieux de tout, inventif, enthousiaste.  CHARCOT l'avait tout de suite remarqué et devint par le fait son mentor.


De retour en France, il entra dans la Compagnie Transatlantique et en 1907 fut reçu capitaine au long cours.  Mais en fait il ne se voyait pas naviguant dans les fonctions ordinaires de ce poste.  L'aventure maritime vers les terres lointaines l'attirait plus que jamais. Il rêvait de monter lui même une expédition vers ces terres australes qu'il avait déjà entrevues, inhabitées mais dont on pouvait tirer profit à l'instar des Anglais aux îles Malouines. Il s'informa, se renseigna tout azimuth, parvint à convaincre son frère Henri de participer à son projet d'expédition, entre en contact avec les frères Bossière dont j'ai déjà parlé à propos des TAAF et à qui l'état français venait d'accorder une concession de cinquante ans sur les îles Kerguelen, Crozay, St Paul et Amsterdam. Il n'entendait pas du tout faire de ce voyage une simple escapade mais faire oeuvre utile en participant avec ses moyens et à sa manière au progrès de la géographie et de la science, en fidèle héritier du commandant CHARCOT.  D'ailleurs celui-ci usera de son influence auprès des organismes d'état pour qu'il soit commandité par eux ainsi que par la Société de Géographie en la personne de son vice-président, Jules GIRARD.

En attendant il lui fallait trouver un bateau, à sa convenance et aussi celle de sa bourse.  Il partit donc écumer les ports à la recherche de la perle rare.  Ce sera le "Sacré Coeur de Jésus" un ketch de vingt mètres, passablement endommagé mais à la coque saine, nécessitant évidemment de couteuses réparations au financement desquelles la famille RALLIER du BATY allait contribuer.  

Une fois remis en état, Raymond voulut débaptiser le ketch pour l'appeler du nom de "Jean Baptiste CHARCOT" en reconnaissance du disciple pour son maitre.

C'est en septembre 1907, de Boulogne sur Mer, port d'attache de l'ex "Sacré Coeur de Jésus", que s'élança le "J.B. Charco" avec à son bord :


Henry RALLIER du BATY, 27 ans, breton, capitaine

son frère cadet Raymond, 25 ans, breton, second

Jean BONTEMPS, 43 ans, basque, bosco

Léon AGNES, 22 ans, normand, matelot

Eugène LAROSE, 18 ans, normand, matelot,

Louis ESNAULT, 16 ans, normand, cuistot

 

plus un chien et un chat.

 

pour une navigation qui devait durer près de deux ans (jusqu'à fin Juillet 1909).

 

Un bateau petit mais très robuste, un équipage réduit à l'équilibre des quarts de jour et de nuit mais à l'étroit, des vivres en suffisances pour atteindre les terres australes.  L'expédition ne payait pas vraiment de mine mais, après un incident lors d'une escale imprévue à Brixham sur la côte anglaise, ils commencèrent à tailler une belle route vers le sud, vers Rio de Janeiro qu'ils atteignirent d'une traite et sans avoir croisé d'autre bateau qu'un grand voilier, l' "Australia" au passage de la ligne.

 

Ils restèrent 12 jours à Rio pour se réapprovisionner en eau et fruits frais avant de repartir le 1er janvier 1908 cap au sud-est direction les îles Tristan da Cunha.  Celles-ci (la Grande Île, l'île Inaccessible et l'île Nightingale) font partie d'une chaine sous-marine partageant l'Atlantique parsemée de volcans, ceux de Tristan da Cunha, Sainte-Hélène, Ascension et Saint Paul sont éteints depuis très longtemps mais en sommeil seulement à Ténérif et aux Açores, toujours en activité en Islande.  Tristan da Cunha fut découverte par le Portugais du même nom au XVIème siècle.  Les premiers à y séjourner furent des phoquiers.  En 1815 les Anglais en prirent possession au nom du roi George III en tant que dépendance du Cap de Bonne Espérance et y établirent une garnison pour prévenir toute tentative de faire évader Napoléon Ier retenu prisonnier sur l'île Sainte-Hélène.  Quand celle-ci leva le camp après la mort de l'Empereur, quelques hommes préférèrent rester sur place et y furent bientôt rejoints par les naufragés d'un bateau anglais jeté par la tempête sur l'île Inaccessible.  Ainsi se constitua le noyau d'une population de fermiers, éleveurs de moutons et de chèvres, de pêcheurs, d'apparence nullement misérable selon Raymond R du B.  

Ayant repris la mer le 28 Janvier 1908 et une fois passé le méridien du Cap, le "J.B. Charcot " eut à affronter une succession de très mauvais temps, de tempêtes énormes qui le mirent quelque peu à mal tout en tenant bon pourtant grâce à la maîtrise des hommes d'équipage mais le brave chien du bord (Patrick) lancé par dessus bord par une lame devait périr noyé sous leurs yeux, presque une tragédie qui les plongea dans la tristesse. Progressant vers l'est, ils arrivèrent enfin le 4 mars 1908 en vue du pic de Croy dominant les îlots rocheux appelés "îles Nuageuses" par Cook et faisant partie des Kerguelen. 

Au fur et à mesure qu'ils s'en rapprochaient, Raymond R du B songeait non sans appréhension aux jours qui allaient suivre quand ils seraient à terre, seuls, livrés à eux mêmes pour leur subsistance, face à de nouveaux dangers.  Son équipage avait été irréprochable jusque là mais allait-il lui rester aussi fidèle, privé de compagnie, de distraction, quand il aurait peut-être à repousser les démons de la mélancolie voire de la folie poussant au meurtre ou au suicide.  Autre souci : l'aventure qu'allait être pour eux la chasse aux phoque, comment allait-il s'en tirer alors qu'ils comptaient absolument sur elle pour en tirer un revenu avant de rentrer en Australie.  Rechercher les endroits propices tout en assurant un bon mouillage au bateau par ces temps exécrables si fréquents aux Kerguelen. 

Et pourtant le petit groupe d'hommes demeura soudé, solidaire, tenace envers et contre tout, jusqu'à parvenir enfin à remplir la cale du "JB Charcot" de tonnelets d'huile de phoque de première qualité, extraite de leurs mains, de leur sueur, de leurs souffrances, eux qui n'étaient pas du tout aguerris à ce genre de chasse.  Raymond R du B narre dans les détails ce qu'est cette chasse aux phoques et aux éléphants de mer à l'aide de massue à embout de fer, extrêmement dangereuse face à ces masses énormes qui ne reculent jamais et qu'il faut frapper à la tête en prenant garde à leurs redoutables mâchoires.  Le sang coule à flot des blessures, rougissant le sable noir et les galets. Et une fois le nombre de bêtes abattus faut-il encore les dépecer, découper le lard en larges bandes destinées à être chauffées dans une grande cuve pour les transformer en huile.  L'odeur est de plus épouvantable, s'insinuant partout.  Pour le chauffage de ces cuves on trouve aux Kerguelen des filons de charbon à fleur de terre, de plus ou moins bonne qualité, de sorte que les six hommes devaient régulièrement s'armer de pics et de seaux pour en faire provision.  Pas de problème de nourriture grâce aux oiseaux marins et à leurs oeufs, aux lapins, aux moules, aux poissons et au "chou des kerguelen" qu'il faut faire bouillir en deux fois et dans deux eaux pour l'attendrir.  Pas d'avantage pour l'eau douce que l'on trouve partout.  


A côté de ces activités de "phoquiers", Raymond et son frère Henri menaient des expéditions de découverte à travers l'archipel, retrouvant les traces d'occupation d'anciens naufragés. Ces sorties sur une mer toujours mauvaise faillirent plus d'une fois se solder tragiquement mais leur bonne étoile veillait et peut être le "Sacré Coeur de Jésus" dont le bateau avait d'abord porté le nom. 


Et puis le jour arriva où ils aperçurent le panache de fumée d'un steamer.  Après plus de dix longs mois de solitude c'était pour eux comme un message d'humanité, de bonheur, si brutalement en fait qu'ils en furent sur le coup  frappés de stupeur. Enfin ils allaient pouvoir manger autre chose, boire autre chose, se laver convenablement, fumer (ils étaient à court de tabac, une torture pour certains) parler à d'autres gens,  bref redevenir civilisé.  Ce navire était la "Jeanne d'Arc "  commandée par un Norvégien transportant en pièces détachées une station de fonte de graisse de phoque et de baleine. Or, à son  départ pour les Kerguelen, il avait été informé de la présence (probable) des Français du "JB Charco" et les parents des frères Rallier du Baty lui avaient remis une lettre pour eux. Le "JB Charco" à son mouillage avait déjà été repéré par la "Jeanne d'Arc" mais celui ci, vu l'état de la mer et l'étroitesse de la passe,  avait poursuivi vers un havre plus approprié.

Un autre navire, un brick français, la "Carmen", arriva entre temps si bien que du coup la compagnie n'allait plus manquer aux six hommes du "J.B. Charcot". 
Après avoir fait un aller-retour jusqu'à Durban, la "Jeanne d'Arc" avait ramené un Français du nom de Bossière, celui-là même qui avait reçu du gouvernement français une concession de cinquante ans aux Kerguelen.


C'est le 1er Juin 1909 que le "J.B. Charcot" chargé de ses précieux barils d'huile de phoque allait lever l'ancre et hisser les voiles, cap sur l'Australie.  Mais Henri, l'aîné, ne fut pas du voyage cette fois, souffrant depuis quelque temps d'une sorte de scorbut, trop malade pour affronter les risques d'une longue traversée dans un si petit bateau. Il allait être rapatrié en France à bord de la "Jeanne d'Arc" qui devait repartir quelques jours plus tard.  


Le 25 Juillet 1909 le "J.B. Charcot" entrait en baie de Melbourne et ainsi s'achevait l'aventure, à 15.000 milles de la France, près de deux ans après le départ de Boulogne sur mer.  Les hommes d'équipage étaient bien entendu très impatients de rentrer en France et, une fois payé sur la vente bon prix des barils d'huile, Raymond les fit embarquer sur le bateau postal  français, le "Nera" , mais lui devait rester encore cinq mois en Australie afin de négocier la vente de son bateau avant de regagner la France à son tour. Après avoir vécu si longtemps et si étroitement avec ces hommes, affronté avec eux tant de périls, enduré tant de souffrances, mais connu aussi tant de moments exceptionnels, cette séparation fut douloureuse et d'un coup Raymond se sentit très seul.  Autre séparation pénible celle de son vaillant petit ketch et je vais ici le citer dans les dernières pages de son livre où il rend, tant au bateau qu'à ses hommes, le plus bel hommage :


"... Je ne les ai pas revus depuis mais nous nous écrivons de temps en temps.  Ces braves garçons, durs au travail et à la souffrance, m'ont tous servi fidèlement, avec un courage indomptable.  Ils ont été mes camarades pendant près de deux ans.  Nous avons traversé ensemble bien des périls et vu la mort de près une bonne vingtaine de fois.  Bontemps, Agnès, Larose, Esnault, vous êtes les héros de mon histoire. Je penserai toujours à vous avec affection et gratitude.  Grâce à ce livre, vos noms et vos actions sont à jamais inscrits au tableau d'honneur.  Mes bons amis, je vous quitte et où que vous soyez sur les vastes mers je vous serre chaleureusement la main.

... Mais personne ne voulait du "JB Charcot" en dépit de sa bravoure et de son âme généreuse.  Celà me faisait mal au coeur de le mettre en vente après tant de loyaux services au milieu d'effroyables tempêtes et de baies constellées de récifs.  Quand je parvins à le vendre, j'en tirai un prix misérable pour un si brave bateau.  Cher "JB Charcot", je ne sais pas où tu navigues aujourd'hui mais je me souviendrai de toi toute ma vie.  Je connais la moindre de tes membrures, le moindre grain de ton bois.  Je t'ai durement éprouvé et jamais tu n'as failli.  Mon fantôme et celui d'Henri et de l'équipage hantent ta petite cabine, ton pont étroit et tes entrailles.  Mon cher bateau, la Providence fasse que tu sois manoeuvré par des hommes qui t'aiment comme nous t'avons aimé.  Parfois je pense que nous les hanteront qui qu'ils soient et où qu'ils aillent et que parfois ils entendront la faible complainte d'un accordéon comme lorsqu'Agnès jouait le soir à l'île de la Désolation ou le bruit du moulin à biscuits de Larose et ma voix et celle de mon frère quand nous parlions assis dans la petite cabine la carte de Kerguelen étalée devant nous."

 

Ce double hommage aux hommes et au bateau est émouvant dans sa sincérité, même pour le terrien que je suis mais ayant une admiration sans borne pour ces hardis navigateurs.  Ce sont en réalité des hommes à part car, comme le disait Socrate : "il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et les marins."

 

Que devint Raymond Rallier du Baty une fois de retour en France alors qu'il venait d'avoir trente ans ? Il allait se passionner pour les exploits des pionniers de l'aviation, fréquenta l'école d'Henri Farman à Toussus le Noble et obtint son brevet de pilote.  Il ne continuait pas moins de rêver à un nouveau voyage au long cours qu'il devait d'ailleurs entreprendre grâce à son sponsor, Jules Girard.  Il put se faire construire un autre bateau, "la Curieuse",  un peu plus petit que le précédent, mais doté d'un moteur.  Son programme était ambitieux, s'étendant sur cinq ans, tour du monde d'Ouest en Est via l'Atlantique, le Cap de Bonne Espérance, le sud de l'Océan Indien, l'Australie, le Pacifique et le tout nouvellement inauguré canal de Panama.  Départ prévu : Septembre 1913, retour en 1918.  Mais outre quelques désagréments avec son équipage, le voyage devait s'interrompre en Australie en Septembre 1914, la guerre étant déclarée et Raymond rappelé pour faire son devoir.  Il avait quand même eu le temps de parfaire la topographie des Kerguelen et de dresser la première carte des lieux digne de ce nom.  Ses finances étant à plat, il dut vendre son bateau à l'encan pour payer l'équipage et le faire rapatrier, même sort que le "JB Charcot" en définitive. 


Cette triste fin du voyage, le bouleversement de la guerre 14/18, la mort de son frère Henri après avoir été gravement blessé au front, affectèrent durement son moral.  Mobilisé lui même, il fut versé au centre d'aviation maritime de Dunkerque, effectuant des patrouilles dans le Pas de Calais et la mer du Nord en petit hydravion biplan à coque plate.  Il devait participer au bombardement d'Ostende.  Devenu ainsi un spécialiste aéronaval, il fut après la guerre attaché à l'Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes (OSTPM) effectuant de nombreuses missions dans le Golfe de Gascogne, sur les côtes d'Espagne, du Portugal, du Maroc, Mauritanie, aux Açores, Canaries, Terre Neuve.

 

Il mourut de sa belle mort comme l'on dit, le 7 Mai 1978, à l'âge très avancé de 97 ans, inhumé au cimetière de Kerdeff à Locmiquélic dans le Morbihan.

 

2 -

 

"Heurs et malheurs du thé Bourbon"


L'histoire du thé à l'île de la Réunion est partie de grands espoirs malheureusement vite déçus. Sa culture, testée en 1955 puis lancée en 1957 dans des zones des Hauts de l'île encore enclavés (Plaine des Palmistes, Grand-Coude) va durer moins de quinze ans.

Si l'on remonte aux origines anciennes, des pieds de thé sauvage auraient été découverts dans l'île puis des plants furent importés par un particulier , un certain Rochefeuille, mais c'est au Crédit Foncier Colonial que l'on doit l'essai le plus important avec deux plantations, l'une au Baril (Saint-Philippe) l'autre au Bernica (Saint Paul) et plus tard à Bagatelle et Menciol dans les hauts de Saint-André.  Cette culture nouvelle nécessitait une main d'oeuvre nombreuse et répondait tout à fait au plan de développement des hauts de l'époque prôné notamment par Jean De Cambiaire, directeur du Crédit Agricole.  Deux coopératives furent créées dans les années soixante à la Plaine des Palmistes (inaugurée par Michel DEBRE) puis  à Grand-Coude produisant le thé "Bourbon", thé noir qui, analysé par les experts de Londres fut classé cinquième au monde, comparable au Ceylan. A savoir que le thé "noir" vient de la même plante, camellia sinensis,  que le thé "vert" ou le thé "blanc", seule change la cueillette (on ne prélève que les deux dernières feuilles et le bourgeon pour le thé "blanc") et les opérations de torréfaction pour le thé "vert" et la fermentation pour le thé "noir".  En 1970, la production atteignait 70 tonnes mais avec un coût de la main d'oeuvre à la Réunion, Département français d'Outre Mer, qui n'était pas compétitif par rapport aux autres pays producteurs comme l'île Maurice, les pays africains et asiatiques, le rendement s'avérant  aussi insuffisant même si la qualité était là.  Il y eut aussi des abus notoires quant à l'usage de subventions.  En 1972 on paya les mêmes exploitants qu'on avait prféalablement payés pour arracher au profit du thé leur géranium pour le replanter cette fois à la place du thé.  En 1973 les deux coopératives mirent la clé sous la porte. Les jolis paquets de "thé bourbon" se trouvèrent encore présents quelques années dans les boutiques avant qu'ils n'en disparaissent totalement.

Pour finir, trois remarques concernant le thé :

- c'est une culture non invasive, autrement dit ce n'est pas une peste végétale, nul oiseau ne transporte ses lourdes graines au delà du périmètre planté. 

- Les théiers sont des arbres en fait mais si on les voit de la taille d'un arbuste c'est parcequ'ils sont rabattus pour faciliter la cueillette (comme pour l'ylang ylang) et taillés en table.  Un pied de thé qu'on laisse pousser peut atteindre vingt mètres.

- La cueillette est l'étape cruciale pour la qualité : cueillette "impériale" (le top) où l'on n e prélève que le pekoe (c à d le bourgeon terminal, la jeune pousse enroulée sur elle même, plus une feuille) -  cueillette "fine" où l'on prélève le pekoe plus 2 feuilles - cueillette "normale" où l'on prélève le pekoe plus trois feuilles (voire plus).  Les feuilles du bas sont moins riches en caféïne et tanin et d'un goût moins raffiné. 

Cette cueillette se fait toujours le matin quand les feuilles sont les plus fraiches et à la main, généralement par des femmes, bien qu'elle soit devenue mécanisée au Japon et en Géorgie.


Par lcrosnier - Publié dans : Echos de l'île de la Réunion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 11:12

Il y a eu 50 ans tout juste le 20 Décembre que la première mission scientifique menée par les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) débarquait aux îles Crozet.  Ils étaient treize derrière leur chef, Alfred FAURE, dont le nom a été donné à la base scientifique ouverte en 1964 sur l'île de la Possession.  Parmi eux Michel CHAPUIS, 70 ans, un des quatre survivants du groupe, qui vient d'embarquer  sur le "Marion Dufresne" au départ de la Réunion profitant de sa dernière rotation de l'année 2011. Au nom de ses camarades aujourd'hui disparus ou trop âgés pour affronter le voyage, il emporte avec lui une plaque commémorative de ce cinquantenaire qui sera apposée là bas, voyage qui va lui rappeler ses vingt ans, non sans émotion.  Topographe de formation, Alain CHAPUIS avait été appelé sous les drapeaux pour servir à Madagascar et c'est de la Grande Île qu'il était parti avec ses camarades à bord du "Galliéni" pour arriver le 20 Décembre 1961 après plus de 8 jours de mer sur cet archipel au climat très rude des "quarantièmes hurlants" avec trente tonnes de matériel destinées à l'établissement d'un camp de base.  Résidant à Saint-Palais-sur -mer (Charente Maritime), il rêvait depuis longtemps de pouvoir revenir un jour là bas.  Y aller avait déjà été pour lui une chance extraordinaire.  Y retourner cinquante ans après lui paraissait inimaginable.  Nous allons donc souhaîter à ce monsieur bon voyage et bon séjour sur la base scientifique Alfred FAURE de l'île de la Possession, archipel des Crozet, sur les pas de sa jeunesse.

Ce fait divers qui, évoquant le grand sud austral, nous apporte la fraicheur dont nous aurions bien besoin en ce moment, est l'occasion de rappeler sommairement ce que sont exactement les TAAF.

Elles comportent 4 districts:

- la Terre Adélie, partie française du continent Antarctique, à 7660 Kms de la Réunion, avec sa base permanente Dumont d'Urville créée en 1958

- les îles Crozet à 2800 kms de la Réunion, au nombre de vingt dont : l'île aux cochons, l'île des apôtres, l'îles des Pingouins, l'île de la Possession où se trouve la base permanente Alfred FAURE déjà citée et l'île de l'Est.  L'archipel tire son nom de Julien Crozet qui était le lieutenant de Marion Dufresner.

- les îles Kerguelen, appelées par Cook "îles de la désolation", au nombre de trois cents environ, à 3400 Kms de la Réunion, avec sa base permanente créée en 1950 à Ports-aux-Français (île de Kerguelen). Elles furent découvertes par Kerguelen de Trémarec en 1772. (Ker Guelen en breton maison du houx)

- l'île d'Amsterdam à 2880 Kms de la Réunion, déjà découverte par des compagnons de Magellan en 1522, redécouvertes par Dupeyrat en 1843.

- Île Saint Paul découverte en 1559 par des Portugais ne faisant que 7Km2, in habitable en raison des conditions atmosphériques épouvantables et quasi permanentes.

 

En 1924, ces possessions françaises de l'Antarctique furent rattachées administrativement à Madagascar.

En 1955 elles devinrent territoires d'outre-mer français.

En 1959, le traité de l'Atlantique signé à Washington annula pratiquement les effets de la prise de possession française en réservant l'Antarctique aux expéditions scientifiques internationales et en y interdisant l'exploitation industrielle et commerciale hormis les zones de pêches règlementées (baleines, légines, flétans, ...)

En 1972, elles furent associées au Marché Commun en raison des pêcheries.

Ces territoires sont gérés administrativement par un Administrateur Supérieur qui est le Ministre des DOM.TOM (dont le représentant local est le Préfet de la Réunion) assisté d'un Secrétaire Général, d'un Conseil Consultatif de sept membres nommés par le Gouvernement pour cinq ans et ayant pour Président le Contrôleur Général des Armées, d'un Comité scientifique de douze membres rattachés à l'Institut Français pour la Recherche et la Technologie Polaire (IFRTP) et enfin d'un Comité de l'Environnement.

La recherche en Antarctique porte sur les rayons cosmiques, l'ionosphère, la radio activité naturelle, la physique-chimie de l'atmosphère, la glaciologie, la météo, la seismologie, la biologie terrestre et marine, et aussi station de réception des satellites.

La zone économique est desservie par deux navires : le "Marion Dufresne" vers les Kerguelen, Crozet, St Paul et Amsterdam, "l'Astrolabe" vers la Terre Adélie.  En outre,  l' "Albatros" est chargé de la surveillance militaire.  Quant à "la Curieuse" c'est une vedette océanographique de 25 mètres à disposition.


Pour terminer je vais citer "Léone, pages de vie à Kerguelen" de Françoise SYLVESTRE (édition Orphie, collection "autour du monde") qui y a vécu à plusieurs reprises l'équivalent de plus d'une année :

"... Les paysages de Kerguelen sont décrits par certains comme monotones.  Pourtant, où trouver réunis sur une même terre et à moins de vingt kilomètres de distance à vol d'oiseau, une calotte glaciaire vierge, des "baignoires" naturelles d'eau qui jaillit du rocher à près de 70°, des grèves balayées par l'océan où les galets sont calcédoines, bleues, vertes ou orangées.  Ou pouvoir observer le même jour, éloigné de quelques heures de marche, une harde de rennes buvant au bord d'un lac, un albatros, ses grandes ailes déployées, en train de nourrir son petit au n id, un harem d'éléphants de mer, des manchots royaux ou gorfous rassemblés en rockeries aussi bruyantes que puantes, et tous les jours par milliers des sternes, pétrels de toutes sortes, moutons, mouflons, lapins, chats et souris.  Et tous qui observent l'observateur que vous êtes.  Préservé par son isolement, réserve naturelle authentique, Kerguelen est vraiment le royaume d'une faune d'exception, le paradis des ornithologues, biologistes, géologues et écologues, l'observatoire privilégié des météorologistes et géophysiciens.  Un creuset d'importance planétaire pour tous les scientifiques de la mer, de la terre et de l'espace.  Et pourtant, seulement une île, minuscule dans l'immensité de l'océan.

 

... Ce qui est fantastique à Kerguelen c'est la permanente réciprocité et complémentarité de tout et de tous.  Du chef de district au boulanger, du manoeuvre ou garagiste au médecin, tout le monde a besoin de tout le monde en donnant l'impression de n'avoir besoin de personne.  Du coup se crée un climat propre à l'archipel.  Presque toute notion de hiérarchie semble avoir disparu alors qu'on est ici entre militaires et fonctionnaires.  Terre de paradoxes."

 

Le livre de Françoise SYLVESTRE évoque l'entreprise des frères René (né en 1857) et Henry (né en 1859) BOSSIERE, aventuriers dans l'âme, fils d'un armateur à la pêche baleinière du Havre, le dernier en fait.  Ils couraient les ports pour négocier l'huile et les fanons de baleine qui se vendaient très cher à l'époque ainsi que des peaux de phoque provenant des Kerguelen.  Prenant la suite de leur père, l'aîné René en devint le patron en 1882. Lors d'un séjour en Amérique du Sud, il découvrit en Patagonie l'élevage extensif du mouton qui se pratiquait aussi aux îles Malouines, ce qui devait lui donner des idées. En 1893 se trouvant à Londres les deux frères avaient ouï dire que les Anglais s'intéressaient sérieusement à l'archipel des Kerguelen pour y implanter un dépôt de charbon (dont un Anglais, Ross, avait trouvé trace) pour leurs bateaux à vapeur sur la route de l'Asie, Australie, Nouvelle Zélande.  Rentrés en France, ils en avaient aussitôt informés les autorités gouvernementales en se proposant d'aller établir là bas une colonie française pour couper l'herbe sous le pied aux Britanniques.  Ils purent ainsi obtenir une concession de cinquante ans sur les îles St Paul et Amsterdam, Crozet et Kerguelen, dans le but d'y élever des moutons et d'y pratiquer la chasse à la baleine et à l'éléphant de mer, fondèrent une nouvelle société, la Compagnie des îles Kerguelen, et firent construire une station baleinière et tout un village en bois pour y faire venir des colons bergers et des pêcheurs bretons. Ils eurent aussi l'occasion de rencontrer dans le coin Adrien de GERLACHE, lieutenant de marine belge originaire d'Hasselt qui s'était porté volontaire pour l'expédition en Antarctique du Suédois NORDENSKJÖLD et qui devait plus tard monter sa propre expédition.  Mais la première guerre mondiale devait mettre à mal tous leurs projets qui, faute de financement, partirent à vau l'eau. Les activités reprirent après guerre mais pour quatre années seulement, les pêches se faisant plus rares. De plus une épidémie de béribéri vint décimer une partie de la population. En 1931 les derniers colons survivants furent rapatriés en France et ces territoires du bout du monde redevinrent inhabités. Mais ils devaient bientôt s'ouvrir au domaine scientifique et y prendre toute l'importance que l'on sait.    

Par lcrosnier - Publié dans : Echos de l'île de la Réunion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 11:33

Séguret (ségur en occitan pour sécurité) est un petit village du Vaucluse, proche de Vaison-la-Romaine, au pied des Dentelles de Montmirail.  Le site est très ancien puisqu'il remonterait à la Préhistoire, connu sous l'époque gallo-romaine, le village actuel s'étant édifié au cours des XII - XIIIème siècles.  A flanc de coteau, ceint de remparts et dominé par les ruines du château féodal, il a conservé de belles constructions moyenâgeuses : porte Reynier, beffroi, fontaine comtale, maisons anciennes de la rue des Poternes, église romane Saint Denis.  De la corniche des remparts et bien sûr du haut de la colline du château la vue s'étend sur toute la plaine du Comtat-Venaissin et jusqu'aux Cévennes. Les armoiries de Séguret rappellent (par une tour) son caractère fortifié et (par des clés de Saint Pierre) qu'il fit partie des états pontificaux.  Ce n'est qu'en 1793 que le village fut rattaché à la France et au département du Vaucluse.


Séguret conserve une vieille tradition viticole.  Le vin de Séguret est moins connu que le Gigondas, rival du Châteauneuf-du-Pape, mais sa confrérie du Gouste-Séguret remonte fort loin et eut cette particularité d'avoir connu une femme à sa tête.

 

Autre tradition non moins vivace, celle du mystère de la Nativité, "Li Bergié de Séguret" transmis oralement de génération en génération et toujours interprété par les gens du village avant la messe de minuit.  Les dialogues et chants en occitan seraient l'oeuvre de Nicolau SABOL qui était chantre à la cathédrale Saint Trophime d'Arles.

 

Vous allez me dire que Séguret est très loin de la Réunion, oui mais beaucoup moins dans mon souvenir de François MORENAS qui en était natif et qui, avec Claude, y organisait des veillées de Noël.


A Séguret, comme ici, ailleurs, et de par le monde,

  même et unique A(E)vènement.


Joyeux Noël à TOUS !


 

Par lcrosnier - Publié dans : Echos de l'île de la Réunion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 08:05

Après avoir lu « I am the Clay » de Chaïm POTOCK, je n'ai pu m'empêcher de penser : quel beau film cela ferait ! L'auteur a peut-être dû y songer au demeurant tant l'écriture se rapproche de celle d'un scénario. Au présent près.

Dans un style et suivant un procédé littéraire original, souvent poétique, il réussit admirablement tout au long du récit à opérer au fil des jours, voire des heures, ce va et vient entre deux mondes : monde extérieur, celui des dures réalités de la guerre pour les populations qui la subissent, monde intérieur,  mental, spirituel des trois personnages marqué lui aussi par la guerre, particulièrement chez l'enfant, mais monde refuge où affluent les doux souvenirs de l'enfance et de la jeunesse, du temps d'avant, des êtres qui ne sont plus et dans lequel la croyance aux esprits des morts, aux génies bien ou mal faisants, vient soutenir, réconforter l'âme risquant sans cela d'être broyée par tant de malheurs. Cet animisme n'exclut pas certaines références à la foi chrétienne (catholique ou protestante), celle des « étrangers » (Américains) notamment chez la vieille femme qui se souvient de ce geste que sa mère lui avait appris pour éloigner la mort, attirer la protection des esprits, ainsi que ce cantique qu'elle a retenu mais dont elle ne comprend pas les paroles en langue étrangère. Le titre du livre est d'ailleurs tiré du premier verset de cet hymne du prophète Isaïe :

Have Thine own Way, Lord ! Have Thine own Way !

Thou art the Potter, I am the Clay.  (Tu es le Potier, je suis l'Argile)

ce mot d'argile évoquant à la fois la pâte humaine façonnée par le divin Potier mais aussi l'argile dont est faite la petite urne funéraire (représentant le corps de l'être aimé) contenant symboliquement l'esprit impalpable qui s'en est échappé.

S'il se situe en Corée durant la guerre, « Argile » en dépasse infiniment le cadre, c'est la boue des camps de réfugiés, celle des chemins d'exil et de souffrance qu'ont connu tant de peuples de la terre depuis des millénaires mais au hasard desquels viennent fleurir, ici et là, de belles histoires d'amour. Comme celle de ce vieux couple sans enfant et de cet orphelin blessé à mort rencontré dans leur fuite au fond d'un fossé. Amour tout maternel, spontané, chez la vieille femme, mais il en va tout autrement chez le vieil homme dont la nature assez frustre et égoïste mettra bien du temps à admettre un sentiment qu'il n'a jamais vraiment éprouvé. Son attitude si elle nous révolte parfois mérite pourtant l'indulgence car, à bien nous regarder nous sommes de la même pâte, du même « argile ".

obit_chaim-potok.jpg   i-am-clay-chaim-potok-paperback-cover-art.jpg

Chaïm POTOCK est né (1929) et a grandi à New-York. Après avoir été ordonné rabbin, il a passé son doctorat de philosophie à l'Université de Pennsylvanie. Il a été aumônier dans les Forces armées US en Corée de 1955 à 1957. Il est marié, père de deux filles et d'un fils.

Ses romans : « les Elus » - « la Promesse » - « Au commencement » - « le Livre des Lumières » - « Je m'appelle Asher Lev » - « le cadeau d'Asher Lev » - « Argile », tous publiés chez « Penguin ».

Il est également l'auteur de « Vagabondages », d'une « Histoire des Juifs », d'un livre pour enfant « l'arbre d'ici » et de trois pièces de théâtre : « Hors des profondeurs » - « Les péchés du père » - « le jeu des lumières ».

Par lcrosnier - Publié dans : Littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 06:18

Je dis bien réunionnais (et non de la Réunion) car, s'il n'est pas né sur l'île mais dans les Vosges en 1948, il y a débarqué en 1971, après son service militaire, et y a vécu depuis lors et jusqu'à aujourd'hui, sans interruption autre que pour des périodes de voyage, ayant de plus épousé une Mauricienne et consacré toute son oeuvre à des personnages et des situations, réels ou fictifs, mais toujours basés sur l'Histoire de l'Océan indien et des Mascareignes en particulier. Journaliste professionnel depuis 1969 à la "Liberté de l'Est " (disparu depuis au profit de "Vosges-Matin") c'est en tant que journaliste qu'il est entré en 1971 au "Journal de l'île de la Réunion" qu'il quittera en 1974 pour rejoindre l'équipe du tout nouveau  "Quotidien de la Réunion" en 1976.  Mais les débuts de ce nouveau journal s'avèrèrent plus difficiles qu'escompté et, pour le sauver (il finira par s'imposer et même à dominer la presse réunionnaise) Daniel fit partie des naufragés volontaires et profita de sa "vacance" d'emploi pour voyager de façon extensive dans toute la zone océan indien, sans négliger pour autant son île d'accueil qu'il avait déjà parcourue et continuait de parcourir à pieds en tous sens, rédigeant des fiches de randonnées qui seront en fait les premiers topo-guides des hauts de la Réunion.  C'est alors qu'il va rencontrer la chance de sa vie, le point de départ de sa carrière d'écrivain : un nouvel éditeur, "Australe Editions ", recherchait un journaliste professionnel bien au fait de la Réunion, des "Hauts" et des "Bas", comme des deux autres Mascareignes, de Madagascar et autres îles de la zone qu'il connaissait bien également. Il s'agissait de réaliser un véritable "Mémorial " de l'île de la Réunion, partant des premières origines géologiques jusqu'au début des années soixante, à caractère encyclopédique, englobant donc le contexte géographique, historique, ethnique, politique, artistique et social, mais présenté sous une forme non "académique", plus plaisante et anecdotique, tenant plutôt du reportage, un peu à la manière d'Alain DECAUX. Il n'existait rien de semblable à l'époque. Personnellement, tout ce que j'avais trouvé sur l'île était l' "Histoire de la Réunion" de Scherrer dans la collection des "Presses Universitaires de France, PUF) et qui datait déjà. J'étais preneur naturellement et fus même un des premiers souscripteurs. C'était une entreprise énorme et passionnante à la tête de laquelle se trouva placé Daniel VAXELAIRE en tant que rédacteur en chef, d'abord par la quantité fantastique d'informations à rassembler, puis la rédaction dévolue à une équipe très réduite, Daniel étant lui même co-auteur, en collaboration avec de très nombreuses personnalités locales tant du monde universitaire que politique, religieux, économique, social, artistique. Il s'agissait rien moins que de sortir 6 gros volumes (totalisant près de 3500 pages) au fur et à mesure de leur achèvement, opération qui prit près de quatre ans, de 1978 à 1981. Le succès rencontré fut tel qu'il incita plus tard à la rédaction d'un 7ème volume couvrant les années 1963 à 1978.

 

N_memorial.jpg   a_002.jpg

 

 

 

        la collection complète du Mémorial de la Réunion

 

 

 

 

 

 

 

Son contrat rempli, Daniel entra à "Télé 7 jours Réunion" mais, deux ans plus tard, s'offrit à lui une autre opportunité, tout aussi prometteuse et sans doute lucrative que le "Mémorial ", aux éditions GEM de Rabat. Il s'agissait d'une encyclopédie du Maroc en 12 volumes avec participation d'une bonne centaine de rédacteurs. Fort de son expérience acquise à la Réunion, il mena cette nouvelle entreprise à bien en tant que rédacteur en chef. Marié depuis peu à Patricia, une Mauricienne, c'est ensemble qu'ils étaient partis pour trois ans au Maroc où devait naître leur premier garçon (le second né à la Réunion). De retour du Maroc en 1988, Daniel  intégra l'équipe du nouveau magazine "Star Télé " en tant que directeur mais il avait déjà commencé d'écrire pour lui même en puisant à la source du Mémorial et proposé à l'édition plusieurs manuscrits de romans historiques tels que "Chasseurs de Noirs", "l'affranchi", "les mutins de la liberté" dont le succès rencontré dès leur parution l'encouragea à larguer les amarres et à se lancer en free lance dès 1991. Il n'a cessé depuis de publier romans historiques et d'aventures de mer, récits, livres pour la jeunesse, guides et ouvrages techniques et encyclopédiques et ce chez différents éditeurs et même en poche. Sa réputation a depuis longtemps dépassé la zone océan indien et la Métropole, traduit en plusieurs langues. Il est chaque année un invité remarqué au salon du livre de Saint-Malo (étonnants voyageurs) de Michel Le Bris.

J'ai eu, une seule fois, l'occasion de le rencontrer, c'était sur "la Rieuse", un aviso de la Marine Nationale basé à Pointes des Galets et dont le "pacha" était à l'époque le Commandant LECLERC dont nous avions fait connaissance, lui et sa famille, à la Possession, par l'entremise de ma soeur Odile qui les avait connus alors qu'ils habitaient près de chez elle en région parisienne.  Il nous avait invités à sa soirée d'adieu car il allait changer d'affectation pour la Métropole. VAX et son épouse s'y trouvaient, naturellement, car il était connu de la Marine ne serait-ce que pour en avoir obtenu l'autorisation exceptionnelle de monter à bord pour se rendre à Europa, un îlot au sud du canal du Mozambique, où  il voulait situer un de ses romans ("l'île des damnés"). Ils étaient tous les deux assez entourés mais je réussis à me retrouver un moment à peu près seul avec lui pour lui dire ceci : Monsieur Vaxélaire, vous ne me connaissez pas mais moi si, depuis le "Mémorial" dont j'ai été un des premier souscripteurs. J'aime ce que vous écrivez et vous admire aussi de pouvoir vivre de votre plume. Permettez moi de vous serrer la main. Celà l'avait surpris, agréablement j'imagine, et d'ajouter qu'en effet ils étaient très peu nombreux à en vivre. Nous avions ensuite échangé quelques mots, notamment sur l'aventure du Mémorial, puis je l'avais laissé rejoindre les autres VIP dont je ne faisais pas partie, lui si maintenant, mais sans pour autant avoir pris la grosse tête. Le personnage, tel que je le vis à cette occasion et tel qu'il apparaissait dans les interview ou reportages à la télé, m'était très sympathique.

Il habita pendant longtemps une petite case créole de la rue du Ruisseau des Noirs à Saint Denis, se déplaçant en ville à vélo. Au fond du jardin il avait construit un petit cabanon où il se réfugiait pour écrire. Bien plus tard il migra sur les hauteurs de Saint Denis.   

Il est devenu ici une référence de premier ordre de par sa vaste connaissance  non seulement de la Réunion et de son histoire mais de toute la zone Océan Indien pourrait-on dire, de même que celle de la population réunionnaise, de ses composantes, de ses coutumes, de son folklore.  Et celà en quarante ans, ce qui en fait un authentique écrivain réunionnais et j'ajouterai de langue française bien que nombre de ses romans soient émaillés de mots, expressions et phrases en créole réunionnais et mauricien.  

 


c_056-copie-1.jpg c_198.jpg v_1153.jpg

Par lcrosnier - Publié dans : Littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés